Pour des raisons techniques nous a-t-on appris, le chantier de la révision a fermé ses portes pour l’instant. Avec un peu de recul, la demande de retrait du projet de loi portant révision de la Constitution des tiroirs du Palais des gouverneurs, appelle de ma part, quelques observations et questionnements.
D’entrée il ne sera pas superflu de rappeler que Boni Yayi n’a violé aucun texte en demandant à l’Assemblée de ranger ce dossier pour le moment. Une lecture croisée du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale et de la Constitution encore en vigueur montre qu’aucune disposition n’interdit à Boni Yayi de procéder comme il l’a fait.
Ensuite ce retrait s’est imposé parce que le mur de la sérénité, de la crédibilité s’est lézardé et le gilet pare-balle du "laissez les parler" ne résistaient plus aux assauts répétés et chaque fois renforcés des anti-révisionnistes. Le " Je ne suis candidat à rien" mis à côté du K.O arraché le 13 mars 2011 ont vite fait de discréditer les professions de foi de Yayi devant Obama, Sakozy et Benoît XVI. Quelle image présente un Président de l’Union africaine devant ses pairs à qu’il est censé donner le bon exemple alors que sa majorité risque de voler en éclats parce que des élus de sa liste ne lui font pas confiance sur la finalité de son projet révisionniste ? C’est l’histoire de ce monsieur qui va réclamer un mois d’arriérés de loyers à ses locataires et qui est pris au portail de sa maison louée par un autre monsieur à qui il doit des mois de loyers alors qu’il était lui-même locataire il y a quelques années.
Par ailleurs et plus sérieusement, face à la vague de soupçons de trahison d’amitié, de remise en cause des relations d’affaires et des nombreux non dits qu’a soulevé l’interpellation de Patrice Talon, il fallait donner un signal très fort de sérieux, d’engagement et de respect de la parole donnée. C’est ce qu’a fait Boni Yayi en profitant de la très attendue cérémonie de remise de rapport de la commission Gnonlonfoun pour annoncer la demande de retrait du projet qui fait bouillonner le Parlement et la société civile. La preuve cet acte a disputé largement la place aux autres dossiers brûlants ( Coton, UN-PRD) à la Une des journaux ce lundi matin. Effet média réussi !
Et puis il est dit dans les Saintes Ecritures que le bon berger accepte abandonner tout le troupeau pour aller à la recherche de la seule brebis égarée. Boni Yayi dont la foi religieuse a été proclamée et renouvelé à chaque occasion solennelle l’a compris. Il a choisi sacrifier une partie du crédit politique de Mathurin Nago, Président de l’Assemblée nationale, frustrer ses autres lieutenants ( karim Chabi Sika & cie) pour espérer voir Candide Azannaï, Nicaise Fagnon et les autres rebelles revenir dans la maison FCBE. Ce calcul s’est imposé parce qu’il fallait éviter à tout prix un bis répétita du phénomène politique G13 qui a conduit à la perte de la majorité parlementaire sous la 5ème Législature au règne du changement.
Enfin cerise sur le gâteau, Boni Yayi n’a pas abandonné le chantier de la révision de la Constitution. Il l’a juste suspendu pour des raisons techniques dont la principale reste le consensus. Mais alors qui détient et surveille le "consensusomètre" ? Des membres de la Commission Gnonlonfoun, le Garde des Sceaux et des députés Fcbe sont passés plusieurs fois, individuellement ou en groupe sur les plateaux des télévisions ; les retraites et tournées parlementaires ont évoqué le sujet et au finish il a été dit que le débat sur la révision a été faite et que donc la Constitution pouvait être votée au Parlement. Mais la vigilance et la ténacité du Front citoyen contre la révision ont fait capoter le dossier. Boni Yayi vient d’en tirer les conséquences qui s’imposent. Et question au franc symbolique : Si par un miracle politico-judiciaire et accessoirement financier, le dossier de révision de la Constitution revenait à l’Assemblée nationale sous forme de proposition de loi donc une initiative parlementaire, auront nous droit à ce " ce n’est pas moi, je ne suis pas au courant, c’est les représentants du peuple qui ont décidé » ?
Francis Z. OKOYA
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