EDITORIAUX, CHRONIQUES & OPINIONS

Mardi 1 mai 2012 2 01 /05 /Mai /2012 03:18

Pour des raisons techniques nous a-t-on appris, le chantier de la révision a fermé ses portes pour l’instant. Avec un peu de recul, la demande de retrait du projet de loi portant révision de la Constitution des tiroirs du Palais des gouverneurs, appelle de ma part, quelques observations et questionnements.

D’entrée il ne sera pas superflu de rappeler que Boni Yayi n’a violé aucun texte en demandant à l’Assemblée de ranger ce dossier pour le moment. Une lecture croisée du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale et de la Constitution encore en vigueur montre qu’aucune disposition n’interdit à Boni Yayi de procéder comme il l’a fait.

Ensuite ce retrait s’est imposé parce que le mur de la sérénité, de la crédibilité s’est lézardé et le gilet pare-balle du "laissez les parler" ne résistaient plus aux assauts répétés et chaque fois renforcés des anti-révisionnistes. Le " Je ne suis candidat à rien" mis à côté du K.O arraché le 13 mars 2011 ont vite fait de discréditer les professions de foi de Yayi  devant Obama, Sakozy et Benoît XVI. Quelle image présente un Président de l’Union africaine devant ses pairs à qu’il est censé donner le bon exemple alors que sa majorité risque de voler en éclats parce que des élus de sa liste ne lui font pas confiance sur la finalité de son projet révisionniste ? C’est l’histoire de ce monsieur qui va réclamer un mois d’arriérés de loyers à ses locataires et qui est pris au portail de sa maison louée par un autre monsieur à qui il doit des mois de loyers alors qu’il était lui-même locataire il y a quelques années.

Par ailleurs et plus sérieusement, face à la vague de soupçons de trahison d’amitié, de remise en cause des relations d’affaires et des nombreux non dits qu’a soulevé l’interpellation de Patrice Talon, il fallait donner un signal très fort de sérieux, d’engagement et de respect de la parole donnée. C’est ce qu’a fait Boni Yayi en profitant de la très attendue cérémonie de remise de rapport de la commission Gnonlonfoun pour annoncer la demande de retrait du projet qui fait bouillonner le Parlement et la société civile. La preuve cet acte a disputé largement la place aux autres dossiers brûlants ( Coton, UN-PRD) à la Une des journaux ce lundi matin. Effet média réussi !

Et puis il est dit dans les Saintes Ecritures que le bon berger accepte abandonner tout le troupeau pour aller à la recherche de la seule brebis égarée. Boni Yayi dont la foi religieuse a été proclamée et renouvelé à chaque occasion solennelle l’a compris. Il a choisi sacrifier une partie du crédit politique de Mathurin Nago, Président de l’Assemblée nationale, frustrer ses autres lieutenants ( karim Chabi Sika & cie) pour espérer voir Candide Azannaï, Nicaise Fagnon et les autres rebelles revenir dans la maison FCBE. Ce calcul s’est imposé parce qu’il fallait éviter à tout prix un bis répétita du phénomène politique G13 qui a conduit à la perte de la majorité parlementaire sous la 5ème Législature au règne du changement.

Enfin cerise sur le gâteau, Boni Yayi n’a pas abandonné le chantier de la révision de la Constitution. Il l’a juste suspendu pour des raisons techniques dont la principale reste le consensus. Mais alors qui détient et surveille le "consensusomètre" ? Des membres de la Commission Gnonlonfoun, le Garde des Sceaux et des députés Fcbe sont passés plusieurs fois, individuellement ou en groupe sur les plateaux des télévisions ; les retraites et tournées parlementaires ont évoqué le sujet et  au finish il a été dit que le débat sur la révision a été faite et que donc la Constitution pouvait être votée au Parlement. Mais la vigilance et la ténacité du Front citoyen contre la révision ont fait capoter le dossier. Boni Yayi vient d’en tirer les conséquences qui s’imposent. Et question au franc symbolique : Si par un miracle politico-judiciaire et accessoirement financier, le dossier de révision de la Constitution revenait à l’Assemblée nationale sous forme de proposition de loi donc une initiative parlementaire, auront nous droit à ce " ce n’est pas moi, je ne suis pas au courant, c’est les représentants du peuple qui ont décidé » ?

Francis Z. OKOYA

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Lundi 30 avril 2012 1 30 /04 /Avr /2012 02:19

Nous  ne pensions pas si bien dire quand nous écrivions, il y a quelques jours,  sur cette même page,  que le président Boni Yayi est un artiste politique confirmé. Les dernières actualités viennent appuyer à souhait cette analyse.

Les dernières décisions prises au plus haut sommet de l’Etat, démontrent à suffisance que Boni Yayi maîtrise à la perfection l’art de la distraction politique. Tenez ! Alors que le gouvernement et son Chef faisaient l’objet d’attaques frontales de la part des diverses personnalités socio-économiques et politiques y compris dans les rangs de la mouvance présidentielle face aux intentions de réviser le contrat du PVI liant l’Etat à Bénin Control, l’Exécutif crée de toutes pièces une fronde avec les enseignants à propos des primes de revalorisation de l’indice salarial. Pendant deux lunes tout entières, tout le pays s’est consacré à cette crise, tout le pays sauf le Chef de l’Etat qui préparait en douce, les modalités de remise en cause du contrat. Et dès qu’il  l’a fait et pour couper court à toutes réaction des pro-PVI, la révision de la Constitution apparaît dans un ordre du jour des travaux de l’Assemblée nationale. C’est le branle- bas au sein de la classe politique et de la Société civile. Conférence de presse, déclarations publiques, animation des débats sur les plateaux de télévision et dans les studios des radios se succèdent. Alors qu’une fronde parlementaire voit le jour au sein des députés Fcbe sur la question de la révision, le  Chef de l’Etat fait un remaniement technique, saute le ministre des finances et le Directeur général du Trésor aux motifs qu’ils ont payé les professionnels du coton sans l’avis du Gouvernement. Les observateurs n’avaient pas fini d’analyser ces derniers actes, quand Boni Yayi s’est demandé si le coton produit correspond aux subventions reçues de la part de l’Etat. Nouveau champ de théâtre : commission internationale, tiraillement Aic-commission Uemoa et ministère de l’agriculture. A l’atterrissage, Patrice Talon maître des importateurs des intrants pour le coton est gardé à vue 48 heures. Une frange de la population se soulève. La police disperse au gaz lacrymogène. Au soir de la libération de Talon accueilli en triomphe comme un vainqueur, Boni Yayi tue cette actualité dans l’œuf en déclarant à la télévision, avoir demandé le retrait du projet de loi sur la révision de la Constitution. Et alors que les commentaires vont train sur le sujet, le Chef de l’Etat dissout l’Association Interprofessionnelle du Coton, formate le ministère de l’agriculture et annonce la reprise en main du secteur cotonnier par le Gouvernement. Et je parie qu’avant que les responsables et membres de l’Aic ne finissent leurs réflexions sur la conduite à tenir et la réaction à opposer au pouvoir, Boni Yayi aura créé un autre centre d’intérêt dans l’opinion publique.

Chapeau bas l’artiste !

Francis Z. OKOYA

 

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Mercredi 11 avril 2012 3 11 /04 /Avr /2012 00:58

Le piège qui a conduit au constat irréversible du K.O au soir du 13 mars 2011, se reconstitue et la classe politique qui se veut de l’opposition accompagnée par  une certaine société civile, fonce de nouveau droit dans le mur d’un nouvel échec pour les élections communales. Parmi les nombreuses explications qui ont soutenu la réussite du K.O légendaire, on retiendra que Yayi préparait les élections et  occupait  l’opposition à tout autre chose. Pendant qu’il répartissait les tâches électorales précises à ses hommes, parcourait monts et vallées du Bénin   pour vanter ses réalisations, s’assurer de l’engagement et de la fidélité des hommes appelés à gérer les élections, Yayi créa le doute au sein de ses adversaires en s’appuyant sur les ambitions propres d’un certain Léhady Soglo. Tel un chien féroce à qui l’on lance un os pour l’occuper ( excusez du peu), Yayi tenait mordicus à la Lépi étant sûr que ses challengers n’allaient pas lâcher prise dans leur exigence de voir corriger les imperfections notées dans la réalisation de cette liste. Et au finish, au matin du vote du 13 mars 2011, Yayi avait plus de visibilité même dans les coins les plus reculés du pays, il avait " sa Lépi", ses lobbying financiers, la maîtrise de la Cena, de la Cour Constitutionnelle… L’Union fait la Nation, la Coalition Abt, Victor Topanou et compagnie, avaient un discours pour changer véritablement les choses, hélas l’artiste avait peaufiné déjà son œuvre. La même chose risque de se reproduire pour les élections communales et locales prochaines et pour cause ! Les réponses musclées et va-t-en- guerre du Gouvernement aux enseignants grévistes, l’option d’un affrontement judiciaire avec Patrice Talon suite à la remise en cause unilatérale du contrat de Bénin Control, le ballon d’essai de la révision Constitutionnelle, le remaniement ministériel avec les nouvelles attributions de Ministre de la Défense… semblent bien être les nouveaux " jouets" pour occuper l’opposition politique et la société civile. Ces dernières ont demandé à cors et cri, l’audit et la correction de la Lépi. A la date du 05 avril dernier, il y a eu que l’évaluation. Point de corrections jusque-là. Des professions de foi se feront entendre de l’artiste ; le temps passera inexorablement et conduira aux prochaines élections. Or le constat est là : les listes estampillée Boni Yayi gagnent depuis 2006. L’artiste est donc sûr d’avoir de nouveaux adhérents dans sa galerie politique. Exit les mécontents qui s’enregistrent dans les rangs des soutiens qui ont accompagné l’artiste avant, pendant et après le K.O. Ils ne seront pas de la bataille pour la conquête des soixante dix sept (77) communes ou du moins d’une bonne partie de celles-ci. Mais d’autres frapperont à la porte de l’artiste pour la prochaine Cour Constitutionnelle, la prochaine Cena, les prochaines listes de candidat, les prochaines marches de soutien. Ils seront motivé par une parade déjà connue de l’artiste qui leur fera dire que si les reformes de la refondation n’ont pas pris encore, ce sera la faute de ceux-là qu’il dégagera d’ici là de son équipe gouvernementale. Le remède a marché pour l’obtention du K.O. Il sera aussi efficace si l’opposition politique et la société ne préparent pas véritablement les prochaines élections et concentrent toutes leur attention et énergies sur les grognes sociales, la révision de la Constitution, le PVI, le Chef d’Etat ministre de la défense….l’artiste politique confirmera simplement son talent aux communales de 2013 et les mêmes jérémiades vont reprendre.

Francis Z. OKOYA

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Mercredi 14 mars 2012 3 14 /03 /Mars /2012 23:22

 «Je n’ai jamais eu de salaire depuis 7ans que je suis là. Mes factures d’eau et d’électricité sont à ma propre charge parce que je sais que mon pays est pauvre» a déclaré Boni Yayi las d’entendre dire qu’il gagne plus que Sarkozy et Obama. Son ministre des finances a cru bon devoir en ajouter dès le lendemain. Simple journaliste et analyste politique, de la communication je n'en sais  grand'chose. Mais si je devais souffler un mot à Madame le ministre des Finances avant qu'elle ne parle, avant qu’elle étale sur la place publique, la liste des revenus auxquels son Chef, le président de la république a renoncé,  je lui aurais conseillé de rendre public le montant du salaire et autres indemnités du PR avant d'ajouter qu'il y a renoncé. L’attention serait focalisée sur la valeur du sacrifice et beaucoup moins sur ce qu'il gagne. Elle aurait pu juste rappeler que 10 ans à la BOAD c'est important en terme d'économie...même si tout ceci reste à vérifier, je suis persuadé que l'effet aurait été tout autre. Toute chose égale par ailleurs, Houngbédji Adrien a renoncé dans ce pays à ses revenus à la tête de l'Assemblée nationale et en tant que Premier Ministre et Paul Dossou ( Paix en son âme) alors ministre des finances avait démontré que cet argent est reversé dans la caisse du Trésor Publique. Pour faire taire la polémique, je crains que Mathys Adidjatou ne soit obligée de donner les preuves que les revenus du PR sont reversés au Trésor public.

En fait, est-ce que le Chef de l’Etat s’est demandé un seul instant, ce que deviennent chaque mois, son salaire et autres indemnités non perçus ? En concédant au ministre de l’Economie et des finances, que le Chef de l’Etat ne touche pas son salaire et ses primes, on pourrait bien se demander qui prend alors l’argent que le Chef de l’Etat ne prend pas ! Comme annoncé plus haut, pour faire taire toute polémique, il va falloir démontrer que cet argent est reversé dans les caisses publiques. Et même s’il en est ainsi, l’éditorialiste en déduit une autre observation valable aussi bien pour Yayi que pour Houngbédji. Le patriotisme affiché par la non perception des salaires et autres indemnités aurait été hautement apprécié si par exemple chaque mois et ce, pendant toute la durée de leur mandat, le non perçu servait à forer un puits-citerne dans un village en quête d’eau potable, à offrir des matelas à ces maternités que l’on découvre dans certaines localités et dont l’état de délabrement ne donne pas envie au bébé de sortir du ventre de sa mère.

Francis Z. OKOYA

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Mardi 21 février 2012 2 21 /02 /Fév /2012 23:29


La problématique de l’existence, de la présence et du rôle de l’opposition au Bénin s’est posée de façon accrue dès les lendemains du deuxième mandat de l’actuel locataire du Palais de la Marina. Cette problématique est revenue sur le tapis lorsque justifiant son entrée dans le nouveau bureau de l’Assemblée nationale 6ème Législature, le parti de la Renaissance du Bénin a laissé entendre qu’il s’agissait d’une réponse à la main tendue de Boni Yayi. Les feux de l’actualité  venus confirmer l’appartenance des renaissants à la mouvance plurielle ( journées de réflexion et lettre de démission de la Rb de l’U.N) et ceux du 3ème congrès du Parti du Renouveau Démocratique ne sont pas encore totalement éteints. Or aussi paradoxal que cela puisse paraître, c’est Epiphane Quenum de la Rb et un confrère de télévision privée, qui ont soulevé à nouveau le problème en laissant entendre que coûte que coûte, Houngbédji et son parti doivent rester dans l’opposition. Pour ce qui me concerne, les acteurs politiques concernés sont seuls à décider quand, pourquoi et comment rester ici ou là-bas.
Mais ceux qui réclament à cor et à cri une opposition virulente, oublient que la chose serait plus facile si le système de gestion politique et l’esprit démocratique des hommes et femmes au pouvoir étaient autre.
Pour ce qui est du système de gestion politique, ceux qui ont dit que le statut de l’opposition se résumant à l’octroi de véhicules, de gardes corps, de chauffeurs ou de places réservées lors des manifestations ne vaut pas la peine ont, à mon avis, tout dit. La chose semble d’autant plus juste lorsque Houngbédji ajoute qu’un poste au gouvernement et le dialogue social ne sont pas synonymes. Pour l’essence de la démocratie, il faut et j’en conviens parfaitement, une opposition politique. Mais pourquoi vouloir et forcer les autres à faire de l’opposition dans un système de gestion politique où des responsables et pas des moindres déclarent à leurs administrés que si on ne vote pas une telle liste, ou si on ne change pas de veste pour aller à la rivière, la localité mourra faute d’infrastructures, que les cadres positionnés retourneront au chômage ? Pourquoi vouloir et forcer les autres à faire de l’opposition dans un système de gestion politique où tout se passe comme si seuls les contribuables de la mouvance au pouvoir paient les impôts ou que le Chef de l’Etat finance de sa poche les Programmes d’investissement public ? Mais pourquoi vouloir et forcer les autres à faire de l’opposition dans un système de gestion politique où parce que vous avez émis une opinion contraire à celle de la grande masse au bureau, vous faites l’objet d’une affection punitive ? Mais pourquoi vouloir et forcer les autres à faire de l’opposition dans un système de gestion administrative  où le directeur, le tout puissant chef d’une administration publique est beaucoup moins diplômé, moins gradé et surtout moins expérimenté que ses subordonnés  qui ont pour tout mérite, leur carte de fidélité du parti au pouvoir? Pourquoi vouloir et forcer les autres à faire de l’opposition dans un système de gestion économique où des entreprises perdent des marchés publics simplement parce qu’on a vu le patron à une manifestation de l’opposition ? Mais pourquoi diantre vouloir et forcer les autres à faire de l’opposition dans un système de gestion politique où le financement des partis politiques est une chimère ? A ce propos justement, il est aisé de constater que les syndicalistes sont plus constants sur la scène sociale, mieux organisés dans les protestations, manifestations. Il en est ainsi pour deux raisons : la 1ère, les organisations syndicalistes bénéficient des subventions de l’Etat et la seconde, les "camarades" cotisent régulièrement. Les syndicats ont donc les moyens de leurs politiques. Parallèlement et généralement, au sein des partis politiques de l’opposition, où les acteurs n’ont pas de marchés publics, de cumul de frais de missions et d’indemnités diverses, des enveloppes de commissions, seuls le Chef de parti et quelques militants financent les activités à hauteur de leurs bourses et ce, tant que ladite bourse tient. Tout s’arrête quand, les responsables politiques sont fatigués de mettre l’argent de la popote ou de l’avenir de leur descendance à disposition pour les marches, les conférences de presse et les déclarations de l’opposition. L’opposition politique à mon avis  se retrouve dans les observations, les critiques et les propositions concrètes  sur la révision de la Constitution, le PVI, le projet de loi sur la grève….
La question de l’opposition au Bénin est de savoir, s’il faut être opposant simplement pour permettre au camp d’en face de justifier ses actes et de continuer à vivre et à se la couler douce.


Francis Z. OKOYA

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