Emile Derlin Zinsou sur Rfi: il suffit d’un imbécile qui fait un geste malheureux et puis ça flambe
Emile Derlin Zinsou sur Rfi au sujet de la situation socio-politique auBénin:
«…il suffit d’un imbécile qui fait un geste malheureux et puis ça flambe, j’espère que ce ne serait pas le cas chez nous… »
Christophe Boibouvier : Emile Derlin Zinsou Bonjour, Le climat est tendu depuis deux mois au Bénin, qu’est-ce que vous pouvez faire pour calmer le jeu ?
Emile Derlin Zinsou : Vous savez, nous sommes pour la paix et nous les anciens plus que les autres savons par expérience où les choses commencent, on ne sait jamais comment ça finit. C'est en fonction de cela que nous avons, nous tous les trois anciens présidents, décidé de parler au Chef de l'Etat et aux opposants, pour qu’il n’y ait pas d’excès de langage, qu’il n’y ait pas de provocation, parce qu’on ne sait jamais, il suffit de peu de chose, il suffit d’un imbécile qui fait un geste malheureux et puis ça flambe, j’espère que ce ne serait pas le cas chez nous.
Christophe Boibouvier : A l’origine de cette tension, il y a l’affaire ICC du nom de cette société de placement qui a mis 130 milles béninois sur la paille ; c’est un peu comme l’affaire Madoff aux Etats-Unis, et l’opposition accuse le président Boni Yayi d’avoir protégé les escrocs d’ICC pendant plusieurs années, qu’est ce que vous en pensez ?
Emile Derlin Zinsou : Mon avis, c’est que l’affaire ICC était évitable, si tout le monde avait été vigilant.
Christophe Boibouvier : Cette affaire ICC, on aurait pu l’éviter, c’est ça ?
Emile Derlin Zinsou : Je crois qu’on aurait pu l’éviter si on avait été vigilant. Evidement ils sont habiles aussi, puisse qu’ils ont commencé sous forme d’ONG avec micro-crédits. En fait, je crois qu’on a eu un peu de retard dans l’image, on ne s’est pas inquiété assez tôt.
Christophe Boibouvier : Vous voulez dire qu’il y a eu défaut de vigilance de la part des autorités ?
Emile Derlin Zinsou : Je crois que ce qu’on peut leur reprocher, c’est le défaut de vigilance.
Christophe Boibouvier : Alors, l’opposition va plus loin. Elle dit qu’il y a complicité et parmi les personnalités mise en cause, il y a l’ancien ministre de l’intérieur, mais aujourd’hui, celui-ci se défend par voie de presse « oui j’ai bien mis une escorte à la disposition du patron de ICC dit-il, mais c’était sur instruction du président ».
Emile Derlin Zinsou : Oui, il y a des développements récents dans les journaux et qui compliquent un peu l’affaire; ce que le ministre écrit est contradictoire avec ce qu’affirme l’avocat de l’un des patrons de ICC. ALORS QUI DIT LA VERITE ? Il est quand même préoccupant que deux ministres de l’ancien gouvernement publient des mémorandums assez inquiétants, s’ils sont vrais.
Christophe Boibouvier : Que pensez-vous de la démarche des députés de l’opposition qui ont voulu poursuivre le président de la République devant la Haute cour de justice pour forfaiture et parjure ?
Emile Derlin Zinsou : Moi, je crois qu’on ne devrait pas en être là parce que bien sûr, je suis de ceux qui pensent que le Chef de l’Etat est toujours responsable devant le peuple, mais en fait, entre responsabilité et culpabilité, il faut vraiment marquer la différence.
Christophe Boibouvier : Pensez-vous comme certains membres de l’opposition que le président devrait démissionner ?
Emile Derlin Zinsou : Pour le moment non, je crois qu’on en ait pas encore là selon moi, il faut voir clair dans toute l’affaire et vraiment décidé en toute justice.
Christophe Boibouvier : Alors du côté du pouvoir, on dit que toute cette affaire est instrumentalisée aujourd’hui par l’opposition qui cherche à affaiblir le président avant l’élection présidentielle de l’année prochaine.
Emile Derlin Zinsou : Non ; il est évident que dans tous les pays du monde quand l’opposition a une bonne occasion, elle en profite, je ne crois pas que se soit elle qui ait créé le problème ; je crois qu’elle a saisi l’occasion.
Christophe Boibouvier : donc, pour vous quand Adrien Houngbédji réclame la saisine de la haute cour de justice, il est dans son rôle ?
Emile Derlin Zinsou : Moi je ne vais pas demander la Haute cour sans que tout soit terminé, que se soit clair et qu’il soit coupable.
Christophe Boibouvier : Donc vous pensez qu’Adrien Houngbédji est allé un peu vite en besogne, c’est ça ?
Emile Derlin Zinsou : Je crois qu’il fait de l’opposition comme tous les opposants du pays, mais je ne s’aurais pas pour le moment allé aussi loin.
Christophe Boibouvier : Monsieur le président, est-ce que tout ça serait arrivé si le président Boni Yayi avait mieux associé les grands leaders politiques béninois comme Nicéphore Soglo ou Bruno Amoussou à son action politique depuis 4 ans?
Emile Derlin Zinsou : Peut être pas ; mais gouverner c’est difficile, probablement que s’ils étaient participants au gouvernement, les choses iraient autrement ; ce n’était pas non plus une obligation pour le président, c’était un choix politique à faire. Il a fait celui qui lui convenait le mieux. Espérons quand même que ça n’aboutira pas à une catastrophe nationale.
Christophe Boibouvier : A sept mois de la présidentielle, un certain nombre de meeting de l’opposition sont interdits ou boycottés par la radio télévision nationale. Est-ce que ça vous préoccupe ou pas ?
Emile Derlin Zinsou : Je trouve que c’était une erreur grave qu’on peut éviter, une erreur stupide, parce que ça ne sert à rien, ça crée des tensions qui pourraient conduire à des affrontements, ce n’est pas la peine ; je pense que ça ne fait pas gagner plus. Je pense que les organes de contrôle devraient contrôler en équité, il ne s’agit pas d’en donner plus à l’opposition qu’au pouvoir et inversement. Mais il faut que l’information soit équitablement donnée à tout le monde.
Christophe Boibouvier : Et tout ça, vous l’avez dit au président ?
Emile Derlin Zinsou : Personnellement le président est un ami, mais en amitié je dis la vérité, l’amitié pour moi, c’est d’abord la vérité.
Christophe Boibouvier : Vous avez l’air inquiet pour l’avenir.
Emile Derlin Zinsou : Ce n’est pas de ma nature d’être inquiet, mais je le suis un peu maintenant. Quand je vois les mémorandums qui sortent, quand je vois les manifestations qui ne sont pas pour le moment des affrontements et j’espère que se serait jusqu’au bout, quand je vois des manifestations qui sont des provocations, je suis un peu inquiet parce qu’on dit toujours chez nous c’est formidable, il n’y aura jamais la guerre, moi je le souhaite, mais il suffit d’un imbécile.
Monsieur le président merci
Propos transcrits par K. O. A.
(Source : Rfi)