Fin de la fronde sociale dans le secteur de l’Education :Les grandes leçons de la grève des 50 jours
Du 24 janvier 2012 à ce dimanche 18 mars 2012, une cinquantaine de jours se sont
écoulés et heureusement pourrait-on s’exclamer, l’école ouvre à nouveau ses portes
après une grève sans précédent. S’il est vrai que pendant et à l’issue de cette période
de perturbation des questions légitimes sont venues à l’esprit de bien de personnes,
il est aussi vrai que cette grève des cinquante (50) jours a permis de tirer beaucoup de
leçons. Francis Z. OKOYA Au-delà de ces jeunes élèves qui assuraient difficilement leur scolarisation uniquement
grâce aux fruits du travail saisonnier auxquels ils s’adonnent et qui ont dû prendre la
douloureuse option d’assurer désormais leur avenir en dehors des salles de classes,
au-delà de ces élèves filles qui ont découvert ou ont perpétué leur découverte de la
sexualité, au-delà du ralenti des activités connexes à l’école ( transports, restauration…)
, les leçons de la grève des cinquante (50) jours sont bien plus profondes. La grève des enseignants de la Maternelle, du Primaire et du Secondaire a d’abord
permis de comprendre ou de confirmer que le tableau des finances publiques est au
rouge. Et si l’on s’en tient aux explications et argumentations du Gouvernement,
on retiendra d’une part qu’après cinq (05) ans de changement et un (01) an de refondation,
que l’Etat ne peut plus rien pour ses travailleurs avant longtemps, très longtemps et d’autre
part sans l’intervention très attendue des partenaires techniques et financiers ( FMI, Banque
Mondiale), les structures étatiques chargées de renflouer les caisses du Trésor Public tourneront
essentiellement pour payer les salaires. Exit les Programmes d’Investissement Public ( PIP). Ensuite, la grève des cinquante (50) jours a révélé le dysfonctionnement, la légèreté et dans une certaine mesure, une duperie de l’administration publique dans la rédaction et le suivi des décisions au sommet de l’Etat. La preuve en est que le différend Gouvernement/Syndicat est né de l’interprétation équivoque du Décret N° 2011-505 du 05 Aout 2011 portant institution d’un coefficient de revalorisation des indices de traitement des Agents de l’Etat. L’autre leçon de la grève des cinquante (50) jours sur ce chapitre, est que les centrales syndicalistes se contentent de la satisfaction d’une revendication sans trop se préoccupés des actes administratifs et légaux qui le soutendent. La preuve, ce n’est qu’à la faveur de la querelle autour du Décret N° 2011- 555 du 05 Août 2011, que les enseignants et leurs syndicats se sont rendus compte que les primes d’incitation à la fonction ont été remplacées par celle de revalorisation de traitement d’indice salarial.
Sur un autre registre, la grève des cinquante (50) jours a levé le rideau sur la vie du Chef de l’Etat. En déclarant que le Chef de l’Etat béninois ne touche rien ou presque si ce n'est que les fonds de sécurité, le ministre de l’Economie et des Finance a ouvert un débat sur les sources de revenu du premier des Béninois. Inutile de rappeler ici les nombreuses et diverses questions et doutes émis par les uns et les autres sur le fondement de l’acte et les mesures de substitution que permettent au Chef de l’Etat d’assurer tous ses besoins propres et les charges liées à sa fonction. En effet c’est quand même curieux qu’il en soit ainsi, que les charges du personnel soient allégées (diminution du nombre de conseillers, de chargés de mission) et que paradoxalement le budget 2012 de la Présidence passe à 10.270.870.000 F CFA contre 8.723.680.000 F CFA en 2011, soit un taux d’accroissement de 17,7%.
Au chapitre de la décentralisation, la grève des cinquante (50) jours met à l’épreuve la bonne foi du Gouvernement puisque du cri de cœur du Chef de l’Etat depuis la commune de Gogonou et des diverses invitations pour les rencontres au Palais de la Présidence sur le sujet, on retient que le gouvernement associe les communes à la gestion de l’école quant, il se trouve dépassé par les problèmes posés par les acteurs de l’Education. Mais Boni Yayi a reconnu que la gestion de l’Education est une prérogative des communes et a promis œuvrer pour que le transfert des compétences dans ce domaine puisse être réalité sous peu.
Par ailleurs, la grève des cinquante (50) jours a pris fin et les classes reprennent sans que le problème à l’origine du bras de fer ne soit réglé mais juste différé ou déplacé. Bien malin qui pourra dire quel sera désormais le comportement des enseignants dans les salles de classe, quels seront leur motivation, leur exaltation leur dévouement, leur entrain dans le rendement attendu d’eux.
De manière générale et pêle-mêle, on retiendra aussi que des élus, pour plaire au Gouvernement,
se retournent contre leurs électeurs ( enseignants), que les têtes couronnées, les notables peuvent
servir d’agents recenseurs des travailleurs grévistes de l’administration publique , que Gouvernement
et Syndicalistes du monde enseignant ont fait de la publicité gratuite pours les établissements scolaires
privées pour le compte de la rentrée prochaine…